Images en transit- Territoires et médiums

Programme sous la direction d’Anna Guillo, Jean Arnaud et Christine Buignet

Ce programme a pour objectif d’envisager les phénomènes actuels de déplacements d’images (représentations bidimensionnelles mais également images mentales et culturelles qui s’attachent aux productions artistiques), aussi bien à travers les territoires qu’entre les médiums de l’art contemporain. Se préoccupant principalement de création artistique – des processus de travail et de leurs fluctuations tout autant que des œuvres elles-mêmes —, ce projet interdisciplinaire s’intéresse aux relations entre démarches artistiques et phénomènes de société (géographie, économie, politique, sociologie, anthropologie, histoire des cultures…), mais aussi aux innovations techniques et technologiques qui génèrent cette mobilité. « Images en transit : territoires et médiums » rassemble des enseignants chercheurs et des doctorants qui associent la pratique artistique et l’étude de l’art. Ce programme tient également compte des modalités de circulation des images, des signes et des méthodes d’invention entre divers domaines scientifiques et artistiques.

S’intéresser au mouvement entre divers territoires et aux flux migratoires — des êtres, des choses, des images, des idées… — conduit à s’intéresser à la manière dont les artistes s’emparent aujourd’hui des questions de frontière, de parcours, de cartographie, de traversée et de réseau… « Images en transit : territoires et médiums » entend analyser comment les processus de création s’articulent maintenant avec les phénomènes géopolitiques, interculturels ou de créolisation. On peut alors concevoir la création comme fondée d’abord sur un parcours singulier de l’artiste parmi des signes qu’il articule pour donner sens au monde, ou penser le monde comme archipel… Il s’agirait donc de « refuser l’homogène, le rectiligne, préférer le complexe, le discontinu. Par extension, incarner ou propager cette pensée indépendamment de son ancrage géographique », comme le propose le dernier numéro de la revue Tête-à-tête consacré au néologisme « méditerraner ».

S’attachant aux médiums contemporains, à leurs déplacements et à leurs croisements — voire à leurs fusions —, ce programme prend donc en considération les enjeux fondamentaux de la rapidité de circulation d’images proliférantes, celle-ci étant démultipliée par les outils portables de prise de vue et la diffusion immédiate et quasi-mondiale sur Internet. Les diverses actions organisées sont ainsi fondées sur les pratiques intermédiales et transmédiales. L’accent sera particulièrement mis sur l’analyse des procédés d’emprunt, des processus de remix et de transcodage, de fabrication d’images composites. Ces pratiques sont à analyser aussi en regard des jonctions et disjonctions icono-linguistiques actuelles : relation signe / référent, interférences narratives, désarticulation des récits, etc. La question récurrente de l’archive et du document utilisés dans le champ artistique, à l’aune de leurs déplacements, infimes ou radicaux, concerne aussi ce programme par rapport à la complexe relation réel/fiction véhiculée par les images contemporaines ; « Images en transit : territoires et médiums » étudiera ainsi les translations d’images et de pratiques de l’écran à la scène, de l’écran sur scène, de l’image performée, etc.

« Territoires et médiums » : se tisse dans ce titre même l’idée d’un mouvement incessant entre perception d’une chose, d’un lieu, et leur restitution / transposition selon une intention artistique. La non-clôture et la fluidité transformatrice caractérisent les actions qui seront conduites entre 2018 et 2022 par les membres de ce programme. Une approche topologique est consubstantielle à « Images en transit », qui permet de relier des éléments et des gestes à l’espace plutôt que de s’occuper seulement de formes isolées et de dispositifs arrêtés.

Considérer des images en transit d’un territoire à un autre, d’un médium à un autre, d’un domaine scientifique à un autre… Penser ainsi les images, reçues en des cultures différentes de celles où elles ont été produites, c’est ancrer la réflexion dans une décolonisation de la pensée et une stimulante complexité des élaborations sans cesse réinventées, les milieux étant eux-mêmes transformés par les flux qui les traversent. 

Ce programme fédère et réarticule, en de nouveaux projets, des recherches du LESA en cours avec des recherches initiées dans d’autres universités par des membres arrivés récemment au LESA : 

– « Images en transit » (Christine Buignet) entendait étudier les processus divers de déplacements d’images (remix, re-enactment, re-montage, transcodage, remédiation, circulation démultipliée des images fixes et animées, notamment via les nouvelles technologies) et la manière dont ils modifient profondément notre rapport aux images, mais aussi au monde.

– « La Fin des cartes ? Territoires rêvés, territoires normalisés » (Anna Guilló) s’attache aux représentations cartographiques — 2D et 3D — à l’ère des images satellites et des services de géolocalisation qu’elles engendrent, confrontées aux perceptions subjectives des territoires. 

– « Interférences et récits » (Jean Arnaud), a étudié entre 2014 et 2017 les nouvelles formes d’espaces narratifs, qu’il s’agisse de dispositifs curatoriaux ou de récits visuels mêlant document et fiction en associant divers médiums.

– « Biomorphisme et création artistique » (Jean Arnaud) — programme en lien avec un projet Amidex labellisé fédération CRISIS, porté par le CNRS et le Centre Gilles Grangier (2016-2020), et intitulé « Biomorphisme – Approches conceptuelles et sensibles des formes du vivant » —, qui s’intéresse beaucoup aux circulations d’images entre le monde scientifique (biologie, physique, topologie, mathématiques…) et la création artistique.  

Les confluences entre ces différentes actions en cours créent une nouvelle dynamique de recherche entre 2018 et 2022. Le programme « Images en transit : territoires et médiums » associe aux enseignants chercheurs théoriciens et artistes bon nombre de doctorants du LESA ainsi que de très nombreux partenaires universitaires, institutionnels, artistiques — régionaux, nationaux et internationaux (Belgique, Liban, Québec…). Les recherches à la fois théoriques et pratiques engagées produiront dès 2018 trois ouvrages (Presses universitaires de Provence et Presses universitaires du Midi), des numéros des revues Tête-à-tête et Focales. Seront organisées également deux journées d’études au printemps 2018. Diverses actions prendront des formes autres, via des résidences, des projets de création collectifs ou/et individuels, des workshops. En 2018, plusieurs expositions individuelles et collectives programmées concernent des membres actifs du LESA (galerie, Friche de la Belle de mai à Marseille, Musée des moulages à Lyon, Galerie Arondit à Paris), en lien direct avec les recherches d’« Images en transit ».