Trans

Programme sous la direction de Yannick Butel

Ce que je m’efforce, c’est de lire dans le présent le possible qui s’y trouve inscrit

Ernst Bloch, Du Rêve à l’utopie, Paris, Hermann, 2016

Au tournant du XXème siècle, les pratiques artistiques ont cessé pour partie d’être observables par le seul prisme des genres et d’une technique spécifique.

C’est ce que relevait Adorno qui soulignait, dans sa conférence sur L’Art et les arts à l’Académie des Beaux-Arts (Berlin, 1966), l’hybridation des œuvres laquelle repose sur la disparition des frontières entre les pratiques artistiques. Ce qu’il nommait « l’effrangement entre les arts » et qui, chez Philippe Ivernel, sera nommé « tournant esthétique ».

Ce que d’aucuns relèvent comme un passage de la modernité à la postmodernité, ou disons le autrement pour le figurer d’une manière temporelle, passage d’un avant à un après.

Ce clivage, s’il est pertinent, ne suffit toutefois pas à pointer les porosités entre les deux « époques » dont les modes relationnels ne s’inscrivent pas exclusivement dans l’opposition.

D’un usage courant au XIX et sans emploi autre que linguistique, le préfixe TRANS apparaît comme l’un des marqueurs du XX-XXIème siècle, au point qu’il pourrait avoir un impact conceptuel à même de nous aider à réfléchir la complexité aussi bien en arts que dans les relations que le monde entretient à l’œuvre d’art.

Ainsi, plus personne ne s’étonne de voir apparaître des mots formés et composés à partir du préfixe « Trans ». On parle ainsi de transpoétique, de transesthétique, de translinguistique, de transémiotique, de transgenre, de transculturel, de transnational, de transpolitique, de transcommunication, de transvirtuel, de transsubjectivité, de transfiguration, de transhumanisme…

Et chacun de ces substantifs recomposés et augmentés semblent ainsi désigner une nouvelle forme, un nouvel état. C’est-à-dire, en définitive, une histoire en mouvement où un modèle historique se décompose et/ou recompose en un modèle dérivé.

Par-là, la notion de TRANS induit l’idée d’un passage, d’un mouvement qui permet de penser un prolongement, une variation ou une mutation, une dérivation, une continuité sous une forme différente, un glissement sémiotique autant qu’une nouveauté sémantique…

Soit la représentation d’un nouveau modèle d’évolution où les figures de centre et de périphérie seraient concurrencées par des configurations qui privilégient la déportation, la translation, l’écart… à la rupture.

Éminemment politique, in fine, l’usage du « Trans » dans la langue induit une approche renouvelée des modes de production et des modes de perception/réception des activités humaines (et donc des pratiques et réalisations artistiques), à même les espaces et les territoires où ils s’inscrivent.

Ergo, et de la même manière que le philosophe Etienne Balibar explore localement la transcitoyenneté et la transeuropéanité dans un monde bouleversé, il faut sans doute envisager de re-questionner l’espace de l’art à l’aune du « Trans ».

Conçu en étroit partenariat avec le monde universitaire, institutionnel et culturel, en France, au Brésil, au Liban, en Allemagne…  le programme TRANS est partagé par l’Université do Rio Grande Do Sul de Porto Alegre, l’Université libanaise de Beyrouth et l’institut des beaux-arts de Beyrouth, les universités d’Hildesheim et Aix-Marseille.

Trois publications programmatiques sont prévues et à paraître :

1 ouvrage brésilien à paraître aux Presses universitaires de Provence, 2019.

1 ouvrage bilingue franco-allemand, à l’initiative des doctorants à paraître aux éditions OMS, 2018.

1 numéro de la revue Incertains Regards n°8, 2018.