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Les doubles je(ux) de l'artiste. Identité, fiction et représentation de soi dans les pratiques contemporaines

Privilégiant les pratiques artistiques récentes, les contributions à cet ouvrage constituent autant de réflexions sur les doubles je[ux] de l'artiste. Il y est question du jeu, celui auquel les performeurs et les artistes visuels, mais aussi les auteurs de cinéma et de théâtre, s'adonnent volontiers. Il y est plus précisément question de jeux avec le «je», d'interrogations sur les notions d'autofiction et d'identité fictionnelle. Y sont analysées des démarches fondées sur la coexistence d'un «je-artiste» et d'un «moi-personnage», oscillant entre narcissisme et autodérision. Intriquant réalité et fiction, performance et jeu d'acteur, une telle conduite apparaît souvent ambivalente. Car si l'artiste (ou Fauteur) en représentation opère toujours quelque dédoublement, le personnage projeté peut ici passer d'une identité fictive à une incarnation réelle. Les différents articles permettront, je l'espère, de montrer la diversité et l'ampleur prise par l'autoreprésentation sous des traits d'emprunt. Qu'il s'agisse de cinéma, de théâtre, de performance ou de photographie, la mise en scène de soi telle qu'elle est abordée dans ce recueil met en lumière quelques attitudes topiques. Le recours au travestissement, à la parodie, à la citation apparaissent autant comme des jeux avec l'histoire de l'art qu'avec la figure de l'artiste lui-même. Aussi doit-on voir dans les doubles je[eux] de l'artiste l'un des paradigmes de l'art d'aujourd'hui. Dans ces jeux avec le «je» se tiennent aussi les ambivalences de l'autoportrait et de l'image de soi, du je-artiste et de l'individu, de l'auteur d'un personnage confondu ou non avec son personnage. Comme le souligne Jacinto Lageira, «on peut être soi-même tout en ne l'étant pas, se présenter comme un autre en demeurant ce que l'on est». Michelle Débat analyse le glissement théorique du personnage en artiste-Narcisse, parfois seulement «en représentation, parfois critique». Être auteur et acteur, précise-t-elle, ce n'est pas nécessairement jouer. De Marcel Duchamp à Rip Hopkins en passant par Michel Journiac, Christian Boltanski, Vibeke Tandberg, Olivier Rebufa, Gilbert Garcin et Jérôme Bel, Michelle Débat fait la distinction entre la confusion de l'auteur et du personnage - qui, tel Narcisse, ne ferait plus qu'un avec son image - et la mise en scène de son corps ou bien de sa marionnette. S'appuyant sur la «fonction-auteur» - notion qu'inventa Michel Foucault -, qu'elle transpose au «sujet-personnage de ses propres productions», elle s'intéresse aux fonctions de «photographe-interprète, de chorégraphe-metteur en scène, ou de danseur-interprète». A la position critique de Journiac, jouant pour l'image ce qui est socialement interdit ou qui relève de la bienséance contraignante, s'oppose, chez Débat, celle de Boltanski, qui joue «de sa propre autobiographie sans que cette dernière puisse s'appréhender totalement réelle ou exclusivement fictive». Dans la répétition de ses effigies, l'artiste affirme-t-il son ego, ou au contraire, tend-il à disparaître, «joué par son personnage» ? Les visages grimés de Cindy Sherman, les moulages de Gilles Barbier, les marionnettes de Rebufa, les images découpées de Garcin, constituent autant une neutralisation du particulier, voire une négation de l'identité qu'une posture narcissique. Car en prêtant un visage identique à des types, voire à des caricatures de personnalités ou de personnages de tableau, l'artiste apparaît également comme un simple «support». (...)

Auteur(s) hors LESA: 
Natacha Pugnet
Type de publication: 
Théorie et Pratique des Arts
Éditeur: 
PUP Aix-Marseille Université
Année : 
2 012
Nbre ou N° pages: 
264
n° ISBN: 
978-2-85399-813-0

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