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Dépasser le post-modernisme : La bâtardise comme horizon générique permanent

Organisation d'un séminaire

Réfléchir aux genres cinématographiques, c’est bien souvent en proposer la typologie ou les envisager dans une perspective sociologique qui englobe leurs tracés dans le domaine des mass media, en les considérant comme révélateurs de rapports sociaux sous-jacents à l’historique de leur dénomination. Or, les genres sont, avant tout, des catégories proprement esthétiques, et c’est en les considérant ainsi qu’on peut comprendre ce qu’ils ont à nous apprendre d’une « cinématographicité » du cinéma.

On a déjà relevé combien par son principe même – celui d’une standardisation qui se doit de comporter des différences entre des productions aux nombreux traits semblables –, le genre pouvait mimer ce qui amène le cinéma à l’existence. Ce trait définitoire, qui se retrouve dans les visions classiques, maniéristes, baroques, modernes, ou postmodernes, nous aide à concevoir cette différence ou, plutôt, les modalités par lesquelles elle manifeste son écart à travers la répétition qui la rend visible. C’est là qu’intervient l’idée de la bâtardise, héritée de celle défendue par Burckhardt dans sa conception de l’histoire universelle, qui désigne un rapport où les origines elles-mêmes semblent se perdre dans les échos qu’elles ressuscitent au sein d’une forme qui les convoque. Au sein de ce contexte, penser la bâtardise des genres consiste à entrevoir le surgissement de l’autre au sein du même, autant comme greffe que comme altération nécessaire, ce qui permet de reconsidérer, dans un autre domaine que celui où il est né originellement, le motif de la survivance (Nacheleben), si important pour Aby Warburg, et, de manière globale, pour la réflexion sur l’art.

Un colloque international, sur la globalité de la question de la bâtardise cinématographique – « Eloge de la bâtardise au cinéma », organisateurs : P. Ortoli et S. Lefait, CICLAHO, Université de Paris Ouest-La Défense (actes parus chez Cambridge Scholars Publishing, 2012 sous le titre In Praise of cinematic Bastardy) – ayant eu lieu en avril 2011, il nous a paru important de le prolonger en nous centrant désormais sur le seul genre cinématographique, car il nous amène à une réflexion engageant la question de la création et donc de son origine. En effet, si les interrogations suscitées par cette approche engagent cette piste ascendante, parler de bâtardise implique bien qu’il serait absurde de poser une première fois d’où tout découlerait. Pour autant, ne pas convenir que chaque genre, par-delà ou plutôt à travers ses modifications permanentes, comporte des fondements transhistoriques, transculturels, transesthétiques, y compris lorsqu’ils se manifestent à l’état fantomatique, apparaîtrait comme peu judicieux. Pour y parvenir, les études comparées entre images – au sens panofskien du mot – constitutives de genres particuliers apparaissent comme une méthode indispensable. Sans doute, à terme, la possibilité d’une véritable recherche iconologique se posera, mais sa nécessité n’empêchera pas d’identifier son résultat comme ce qui, justement, échappe à sa méthode, c’est-à-dire ce qui appartient à la manière même dont les mécanismes de différence inscrits dans la répétition consacrent la part irréductible de la création.

A partir de cette proposition, on peut envisager plusieurs questions :

  • Après la vision postmoderne du cinéma de genre, qui l’a transformé en ruine décorative et vaine, ne faut-il pas penser le prétendu effet-choc produit par des références aux sources hétérogènes (géographiquement, temporellement, artistiquement) comme salutaire, dans la mesure où il nous engage à chercher ailleurs la possible homogénéité des mêmes sources ?

 

  • Plutôt que de déplorer la fin des grands récits, ne faut-il pas voir que ces derniers persistent toujours, chez Quentin Tarantino, comme chez David Lynch, Takeshi Kitano, Takeshi Miike, ou Nicolas Winding Refn, mais qu’ils déplacent leurs objectifs sur leurs propres modalités d’existence (narratives et imageantes) ?

 

  •  Enfin, peut-on convenir que cette bâtardise ne commence nullement avec Tarantino, mais qu’elle irrigue une bonne part du cinéma de genre, qu’il soit hollywoodien (les alliances western/film noir ou film noir/comédie musicale), italien (les mélanges western américain/Chanbara/comedia dell’arte), japonais (film policier/science-fiction/Kaiju eiga), français (policier/Yakuza eiga) ou honk kongais (Wu Xia Pian/film policier) ?

 

  • Cette bâtardise n’est-elle pas consubstantielle au cinéma de genre et aux nombreuses références qui constituent ses propres catégories (l’apport du Kabuki dans le « Kaidan eiga », l’ensemble des diverses sources populaires (chansons, romans, pièces de théâtre) qui ont modifié l’adjectif western pour en faire un substantif, entre autres) ?

 

La journée d’études se propose de réfléchir sur des corpus ou des œuvres isolées, englobant des films comme des séries télévisées, afin d’estimer leur bâtardise et ce qu’elle entraîne comme définitions possibles de l’art qu’ils expriment.

Auteur(s) / Organisateur(s) LESA: 
Lieu(x): 
AMU
Codification AERES: 
AP
Année: 
2 014

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