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Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Cet axe réunit trois programmes, établis pour trois années (2015-2017) :

Responsables : Yannick Butel et Arnaud Maisetti 

  • Programme 1 : « Modes de production de la pensée et du discours critique » (responsable : Yannick Butel), interrogeant les déterminismes qu’exercent les théories esthétiques et les œuvres sur la construction du discours critique.
  • Programme 2 : « Art, mutations sociales et subjectivités en Méditerranée » (responsable : Gilles Suzanne), ayant pour objectif la création d’un observatoire méditerranéen des arts et mutations sociales, visant à recenser, comprendre et documenter les modalités selon lesquelles les arts, leurs acteurs, les espaces culturels et les pratiques sociales qui leur sont liées participent du profond bouleversement sociétal en cours dans l’espace euro et arabo-méditerranéen.
  • Programme 3 : « Ecritures contemporaines de l’art et fabrique du discours – s’entretenir » (responsables Anyssa Kapelusz et Arnaud Maisetti) entend questionner et recueillir l’ensemble des modalités de composition qui pourraient rendre compte à la fois des gestes de création et des formes élaborées par ces gestes en s’appuyant principalement sur l’entretien entre l’artiste et le chercheur.

Alors qu’il a été prêté à l’œuvre d’art d’être le constituant d’une communauté, voire d’être pour partie l’un des leviers de la « fabrique du commun », le contexte géopolitique actuel, notamment l’aire euro-méditerranéenne, souligne qu’elle polarise des tensions, des affrontements, des violences. L’objet d’étude des différents programmes de l’axe 1 sera donc de recenser, d’analyser et de théoriser les productions artistiques (esthétiques, poétiques, plastiques…) mises en débat qui aujourd’hui révèlent la fragilisation de l’espace public, voire y participent.

Chacun des programmes fonctionne selon des modalités interdisciplinaires, associant les arts (arts plastiques, arts de la scène, médiation culturelle, musique, études cinématographiques) et les disciplines (anthropologie, sociologie, histoire de l’art).

Conçus en étroit partenariat avec le monde universitaire, institutionnel et culturel, en France et à l’international, les programmes de cet axe associent à leurs actions (journées d’études, colloques, événements…) les doctorants de l’Equipe d’Accueil, dans le cadre de leur formation par la recherche. 

Programme 1 : modes de production de la pensée et du discours critique (2015-2017)

Pour autant que le programme inter-labos est à l’initiative de chercheurs en études théâtrales, la complexité des arts scéniques (dispositifs, formes hybrides...) invite à parler davantage de théâtralités, voire de scénographie, où les régimes poétiques et esthétiques sont loin des représentations classiques qui induisent l’interdisciplinarité et la transversalité. Le programme est donc ouvert aux chercheurs de toutes les disciplines en arts, mais également les chercheurs et doctorants d’autres disciplines (physique, biologie, informatique, etc.). Les étudiants de l’Ecole Doctorale sont donc invités à suivre et participer à ce programme.

Argumentation scientifique

L’apparition du discours critique est consécutive du développement de la presse et de la construction d’une « critique de goût » au XIXe siècle, laquelle satisfait le consommateur de divertissements. Ultérieurement, le développement des revues voit se manifester une critique différente, proche de ce que Kant pourrait nommer « Jugement logique ». Plus analytique – qui trouvera dans l’avènement de la Nouvelle critique ses “outils” et ses “méthodes” –, cette critique est très vite soutenue par le discours théorisant et universitaire. Pour autant, et malgré la présence des universitaires – leur arsenal méthodologique et conceptuel, leur habilitation institutionnelle, leur crédit scientifique – le geste critique n’en demeure pas moins complexe, énigmatique, et secret. C’est sans doute qu’il faut distinguer, très schématiquement, d’un côté l’analyse et la théorisation qui prétendrait saisir les mécanismes de l’œuvre, de l’autre le geste d’écriture critique qui procèderait, a priori, d’une appropriation principalement sensible et subjective de celle-ci. Ce doublet génère des clivages, des ruptures, des zones de tensions, entre presse et édition spécialisée, amateurs et spécialistes des arts, entre discours scientifique et paroles « naïves »... Arbitrer cette querelle suppose de revenir sur cette histoire. Dans le dialogue vif des partis qui s’affrontent sur la nature et les effets des œuvres, la position idéologique et scientifique que le sujet observe vis-à-vis du rapport conceptuel et définitionnel de l’art et de ses manifestations s’avère décisive. 

Sommairement, disons que deux tendances bornent les multiples nuances théoriques appliquées à l’œuvre d’art. Rappelons-les.

Soit le contenu de l’œuvre est accessible, soit l’œuvre est interdite. Dans l’un et l’autre cas, cet “état” de l’œuvre génère ce que l’on nommera un “conflit des interprétations”. Soit parce qu’il est admis que l’œuvre est aporétique. Soit parce que le discours critique est mis en cause via le langage. Dans le premier cas, il est à supposer que le langage est à même “d’arraisonner” l’œuvre. Le discours critique (mais pensons le pluriel de celui-ci) conserve alors son crédit et, en conséquence, il importe d’en faire l’analyse, d’en circonscrire le mode de production, d’en saisir les règles de fonctionnement, d’interroger le langage et sa capacité à restituer quelque chose de l’œuvre. À partir de là, de fait, il sera pertinent de revenir sur les antagonismes que suscite  « la critique ». Dans le second cas, le discours critique ne rapporte rien de l’œuvre qui se dérobe perpétuellement à une ascendance linguistique à laquelle elle est étrangère. Dans le dialogue Dort-Poirot, personne n’aurait raison et, au pire, il faudrait admettre qu’il y a chez ceux qui prétendent  « savoir » un abus de pouvoir, ou l’entretien d’un pouvoir usurpé. Aucune légitimité, à cet endroit, ne serait défendable. Reste que le discours critique existe. La question pourrait être de s’inquiéter de ce qu’il met en jeu. Le stade critique – nom emblématique d’un programme né d’un doute – tentera d’apporter des réponses sur ces différents points, en privilégiant quatre directions et une question :

Les directions :

  1. Un questionnement des déterminismes qu’exercent les théories esthétiques et les œuvres sur la construction du discours critique.
  2. Une interrogation sur les pratiques d’écriture critique universitaires, et au-delà.
  3. L’analyse des formes complexes et autres créations, en rupture avec le concept de Genre, qui ont conduit à re-penser les métadiscours.
  4. Une interrogation sur le langage qui est le médium récurrent à la constitution des discours critiques.

La question :

La critique est-elle compatible avec une épistémologie ? Autrement dit, la critique relèverait d’un empirisme discursif où méthodologie, règles, savoirs ne seraient par les ferments de sa manifestation.

  • Valorisation

La valorisation de ces recherches (colloques et journées d’études) se fera par une production éditoriale co-financée. Il est envisagé de pouvoir bénéficier du soutien de Théâtre/Public et des Presses Universitaires de Provence, notamment de la revue Incertains regards et de la série « scènes » de la collection Arts.Des moyens numériques participeront également à la valorisation, à l’information et à la médiation des actions entreprises.

À ce jour, la revue Incertains Regards (revue de rang A, biométrie AERES), déclinée sous la forme de numéros thématiques, correspond à une ligne éditoriale et scientifique recoupant les enjeux de la transversalité et de l’interdisciplinarité dans les pratiques artistiques. Il est envisagé, au regard de l’activité liée aux programmes de mettre en place des “numéros spéciaux” ouverts aux travaux conduits au sein du Lesa, valorisant le contenu des recherches menées sur la transversalité et l’interdisciplinarité. La pertinence de la publication sera évaluée par le comité scientifique et les membres du comité de rédaction de la Revue.

La production de ces numéros dits “spéciaux” se fera impérativement sous la forme de co-financement entre les partenaires et les universités inscrits dans le programme.

 

Programme 2 : Observatoire Méditerranée. Arts et mutations sociales

Argumentaire scientifique

’Observatoire méditerranéen Arts et mutations sociales repose sur une coopération inter-régionale, de dimension euro-méditerranéenne. Il prend la forme, fusionne et renforce, d’un groupe scientifique pluridisciplinaire (science des arts, sciences politiques, sociologie, anthropologie) composé de chercheurs expérimentés et spécialisés dans le champ des arts, de l’étude des phénomènes de mondialisation et de globalisation culturelle. Ce réseau de laboratoires de recherche, actifs sur les plans académiques (master binational entre l’AMU et l’USJ, AMU/Universität Hildesheim…) et scientifiques (différents séminaires, colloques et publications passés et en cours entre les laboratoires), propose, qui plus est, de s’ouvrir, dans une dynamique pluridisciplinaires et interprofessionnelle, au monde professionnel de l’art et de la culture en s’associant à la plateforme RAMI-MED (Rencontres Arts et Multimédia Internationales) et, à travers celle-ci, à de nombreux artistes et acteurs culturels en Méditerranée. Son action s’établit entre la France, différents pays de l’espace méditerranéen, le nord de l’Europe, et s’ouvre, par ailleurs, à l’échelle de l’Afrique Subsaharienne. 

L’Observatoire méditerranéen Arts et mutations sociales prend l’aspect d’une plateforme en ligne d’échange, de capitalisation et de valorisation des productions du réseau (séminaires, ateliers, publications croisant théorie et pratique, chercheurs et acteurs professionnels de la culture et des arts) en s’appuyant sur le site RAMI-MED (cf. http://ramimed.com) et le réseau de diplômes de master recherche impliqués (AMU, USJ, Universität Hildesheim…). Ces modalités de production et cet espace de mise en commun, vise à soutenir la production interculturelle de connaissances, au croisement de ces mondes scientifiques, culturels et artistiques, mais aussi au carrefour de diverses cultures scientifiques et académiques, principalement entre Mashreck, Maghreb et Europe pour encourager l’implication et l’intégration d’universités, de laboratoires et d’acteurs de la société civile dans le développement d’actions de recherche et de formation, de sensibilisation et d’information, de mise en réseau et de coopération, aux niveaux régional et international. 

Dans le contexte actuel de profondes mutation, sociale et culturelle, institutionnelle et politique, mais également technologique, quand ce n’est pas de guerre civile, militaire ou commerciale, du monde méditerranéen, l’Observatoire méditerranéen Arts et mutations sociales se donne pour objectif de favoriser la circulation et le transfert de connaissances, entre mondes scientifiques, académiques et professionnels des arts et de la culture, en matière de suivi des évolutions des formes artistiques (formes émergentes de l’art), sociales (dynamiques locales et transnationales des réseaux d’acteurs), culturelles (inter-culturalité des représentations collectives et des modes de vie) et institutionnelles (mutations des cadres économiques, politiques et idéologiques) de la création artistique contemporaine dans l’espace euro et arabo-méditerranéen, voire, par extension, subsaharien. 

L’observatoire méditerranéen Arts et mutations sociales se donne pour finalité de comprendre, de suivre et de documenter les modalités selon lesquelles les arts, leurs acteurs, les espaces culturels et les pratiques sociales qui leur sont liées, participent du profond bouleversement sociétal en cours dans l’espace euro et arabo-méditerranéen, mais y jouent également un rôle de régénération des arts et des sociétés. 

À termes, un tel observatoire répond à quatre types de motivations. 

  • Il représente une modalité concrète de mise en rapports et de coordination de compétences et de connaissances en matière de développement artistique et culturel dans l’espace méditerranéen. 
  • Il se propose comme un lieu de suivi et d’interrogation des évolutions, dans le domaine artistique, des pratiques de la création contemporaine, mais également de leur rapport aux pratiques sociales et culturelles, institutionnelles et politiques. 
  • Il sert de lieu d’élaboration de politiques et d’actions culturelles basées sur une expertise pluridisciplinaire, interprofessionnelle et interculturelle. 
  • Il s’affirme comme un lieu et une modalité, d’une part, de recueil et d’analyse critique, et, d’autre part, de conservation et de diffusion de connaissances et d’informations sur l’actualité et le développement artistique et culturel dans l’espace méditerranéen. 

Programme 3 : Écritures contemporaines de l’art et fabrique des discours - S’entretenir

Argumentaire scientifique

Le programme « Écritures contemporaines de l’art » s’inscrit dans l’axe « Sociétés. Arts. Discours. Aires Méditerranéennes. Ecritures. » dans la mesure où il articule une approche des formes artistiques contemporaines à une réflexion sur les outils qui voudraient les étudier, qu’il s’ancre pleinement dans le territoire euro-méditerranéen, et qu’il aura pour cadre en partie les discours des artistes. Cependant, plutôt que le produit de l’art, c’est ici la production d’une forme que nous questionnerons.

Sous le terme Écritures, nous désignons un ensemble de modalités de composition qui pourraient rendre compte à la fois des gestes de création et des formes élaborées par ces gestes, dans tous les arts. Loin de déterminer ces gestes ou ces formes dans un champ théorique donné, ou dans une pratique circonscrite, le mot Écritures, ici entendu dans le cadre plus large que son acception strictement textuelle, pourrait recouvrir un large spectre de processus et d’arts. Car l’histoire de ce mot excède celle des formes artistiques. Depuis les travaux de Jacques Derrida, nous savons combien le privilège de l’écriture – accordée longtemps notamment par la linguistique – comme espace originaire du sens est une illusion : que l’écriture ne saurait être simple transcription d’une parole, mais plutôt toujours trace d’un écart. En ce sens, l’écriture peut englober l’ensemble du champ du langage, dans la mesure aussi où elle est constituée autant par l’inscription d’une langue que par celle de son absence, silence ou interruption : en somme, par l’articulation du sens aussi bien que par sa disjonction.

Engager une réflexion sur les écritures de l’art, c’est prendre la mesure aussi des mutations engagées en ce début du XXIe siècle. Là où les frontières entre les arts ne sont plus pertinentes, là aussi dominent des réflexions dans lesquelles les partitions entre esthétique et politique par exemple ne sont plus valables et doivent être repensées. « L’assaut contre les frontières » dont parlait Kafka pour désigner la tâche de l’art ne concerne plus seulement ses contours disciplinaires, mais bien les relations entre l’art et le monde. Des œuvres naissent qu’on dirait par nature interdisciplinaire qui redéfinissent en retour les disciplines artistiques. Des œuvres surgissent dans l’espace public qui invitent à réinventer les notions d’espace et de public. Des écritures réécrivent la notion d’écriture, se passant parfois de la surface textuelle, et produisant au-devant d’elles des origines qui mettent en cause le concept même d’origine comme garante du sens. Ces écritures semblent souvent autant de défis : défis à la scène et à l’acteur, au corps et à l’esprit, défis à l’image, à la langue et au langage, aux lecteurs et aux spectateurs, à la matière et aux institutions, à la ville, et à l’ordre du monde, à l’histoire comme aux fictions, à soi-même surtout.

Pour interroger ces écritures contemporaines au lieu même où elles s’inventent, et puisqu’il semble que leur singularité tient précisément à leur tâche de redéfinir l’espace de leur surgissement et de se constituer comme processus, nous voudrions nous situer à l’endroit de leur geste qui les élabore. Et c’est par le prisme d’un élément-clé de l’outillage critique qui les documente et les réfléchit que nous les questionnerons : l’entretien entre l’artiste et le chercheur.

Il s’agirait dès lors d’étudier la fabrique de nouvelles écritures artistiques – écritures textuelles, plastiques, musicales, chorégraphiques, théâtrales, cinématographiques, sonores, marionnettiques, circassiennes, etc. –, leurs protocoles, leurs méthodes, leurs modes de production, au moment où elles se cherchent et s’inventent, ceci, en interrogeant l’élaboration réciproque des discours qui se constituent, entre le chercheur et l’artiste, en amont du résultat final.

Depuis le début des années 2000, des travaux de recherche en littérature et en arts plastiques se sont intéressés aux écrits d’artistes, examinant les livres et performances orales produites parallèlement aux créations, ainsi que les textes constitutifs d’œuvres ou de dispositifs d’exposition. Dans une perspective intermédiale a été soulignée la relation d’analogie ou, à l’inverse, de  divergence entre la littérature d’artiste et la pratique à partir de quoi elle se constitue.

Parmi ces recherches, peu se sont intéressées à l’entretien artiste/chercheur en tant que dialogue à même d’influer à la fois sur le processus d’élaboration de l’œuvre et sur le processus de recherche sur l’art. « Dans le dialogue, le monde est tissé tout autrement, sans fond, ni scène », suggère Jean-Luc Nancy, alors qu’il suit les répétitions des Phéniciennes aux côtés de Philippe Lacoue-Labarthe et Michel Deutsch. Le philosophe suggère une distinction entre deux mondes qui pourrait nous sembler féconde : celui toujours énigmatique du geste créateur, et celui, défait de la scène, de la toile, de la caméra ou de la feuille, du dialogue sur l’art. C’est cet « autrement » tissé – autre temporalité, autre espace – que nous chercherions collectivement à saisir.

 

Site créé par Amélie Rimbaud