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Journée d'étude | Du Reconduit, de l'Éconduit

Du Reconduit, de l’Éconduit

Jeudi 9 novembre 2017, de 09h à 18h | à la Cité des arts de la rue, 225 avenue des Aygalades, 13015 Marseille.

Prolégomènes au colloque international qui aura lieu à Beyrouth en décembre 2017 co-organisé par l’Université Libanaise et Aix-Marseille université (LESA EA 32 74) sur le thème  « Combats de la culture, combats pour la culture » 

La disparition

Auteur(s): 
Yannick Butel
Arnaud Maïsetti
Louis Dieuzayde
Gilles Suzanne
Marie Urban
Auteur(s) hors LESA: 
Didier-Georges Gabily
Gerald Siegmund
Nicole Colin
Christophe Triau

Publication PUP | Revue Incertains Regards, Parution 1er trimestre 2017

Résolument, oui « résolument » ouvert sur les pratiques contemporaines, et promettre un dialogue avec ceux et celles qui donnent au temps sa texture, ses couleurs, son rythme... Résolument soucieux de l’écriture poétique et plastique... Résolument attentif à ces archipels d’utopie que sont les territoires de l’art toujours fragiles et ses temps intermédiaires menacés nommés « expérience esthétique »... Résolument indépendant des frontières qui s’accordent mal avec la libre circulation de la pensée... seul véritablement libre-échange que ces temps flous et rugueux voudraient contrôler à l’époque du grand dérèglement... Résolument actuel, aux prises avec le quotidien, en prise avec les singularités quelconques...

Résolument, dans la parenté de l’œuvre, se tenir et devenir un « partenaire invisible » comme l’écrit Christophe Bident à propos de Maurice Blanchot, et privilégier une parole qui ré échirait une intimité s’éloignant d’un discours de contrôle. Résolument envisager cet espace d’intimité, ce Innigkeit, dans les parages de la Parrhesia (la sincérité : ce parler vrai) étrangère au paraître. Se tenir résolument loin de « l’apparition qui, fatiguée d’apparaître, s’en tient à l’horizontale de l’apparence, piétine sur le palier de l’apparence, cette apparition (est) vouée à l’enlisement et à la futilisation, c’est-à-dire la disparition dé nitive dans les apparences1 » comme l’écrit Vladimir Jankélévitch.

Prétendre à la trans guration du discours théorique, lui permettre d’ad-venir creusé et travaillé par ce qu’il découvre et qui découvre celui qui le tient, sans que celui-là perde l’aura dont il est peut-être le dépôt. Disparaître, en dé nitive, dans l’instant de la venue de l’écriture.

Si une revue est l’espace choral de voix distinctes et de regards pluriels... Si une revue n’a d’autre vocation que d’être un relai, un prolongement, un foyer de condensation de rencontres... avec les œuvres de l’esprit et la pensée, ce nouveau numéro d’Incertains Regards, consacré à « La Disparition », s’est ouvert, plus qu’aucun des précédents, à la densité et à la diversité des écritures. Une variété qui, si nous devions interroger celle-là, semble correspondre à une phénoménalité darwinienne, un espace latent sensible où celui qui écrit, adapte l’écriture à la complexité de l’objet qu’il rencontre.

Adaptation qui n’est pas sans e et sur la formation du discours théorique, et qui ici, pour certains, relève moins de la disparition de la théorie que de mutations qui l’enrichissent au point de l’amener à gurer un geste d’écriture. Une écriture.

Celle de Didier-Georges Gabily qui, à travers les Fragments que nous con e Frédérique Duchêne, nous rappelle le geste mallarméen d’un « crayonné au théâtre ». Geste qui élève la critique à l’endroit du poétique. Moment où l’écriture est à pied d’œuvre. Geste poétique d’un disparu trop tôt qui, comme l’a écrit Valéry, ne sera jamais « hors de vue ».

Celle d’Arnaud Maïsetti qui, se saisissant du poème théâtral Shams d’Amira-Géhanne Khalfallah a n de lui donner la sonorité du plateau, prolonge cette histoire d’un geste dramaturgique et l’enveloppe de son regard d’écrivain.

« Au plus près des œuvres », c’est la « ligne de sorcière » d’Incertains Regards : son devenir en quelque sorte, et Gerald Sigmund s’est tenu à cet engagement qui, tout en l’amenant à théoriser le travail scénique d’artistes formés à l’université de Giessen, le conduit à livrer simultanément une intimité de spectateur. Certains diraient un « état ».

Intimité, oui, que l’on trouve encore dans le dialogue et le tête-à-tête de Louis Dieuzayde et François-Michel Pesenti où la notion d’emergence vient à augmenter celle d’apparition. Eux, parlant théâtre certes, mais parlant de l’au-delà qu’il induit lequel est parfois fait d’une violence radicale qui ré échit un enjeu vital, voire existentiel. Cet enjeu que Christophe Triau, lui, convoquant Grüber, Aillaud... déplace du côté du jeu dialectique entre « présence » et « absence », questionnant la visibilité dans le mouvement intrinséquement fusionnel de l’apparition et de la disparition.

Et parce que la revue Incertains Regards a aussi pour objet de ne jamais être étrangère à l’actualité, quatre des contributeurs livrent ici l’esquisse d’une pensée anthropologique sur la disparition. Disparition ou fragilisation de la fabrique du commun qu’induisaient a priori les œuvres entretenant le mythe du « mit sein » et qui, aujourd’hui semblent générer, auprès de quelqu’uns, des réactions vives et parfois brutales. Faisant écho aux articles qui ont précédé sur l’expérience esthétique, la critique de Marie Urban, jeune universitaire inscrite en doctorat et résidant à Berlin, souligne avec adresse le système d’analyse réactionnaire de Bernd Stegemann quant aux œuvres complexes telles qu’elles apparaissent aujourd’hui. Et cet article juste trouve des prolongements chez notre amie Nicole Colin qui, elle, introduisant la notion de Wissenstheater, interroge la scène contemporaine et ses nouveaux dispositifs qui ont rompu avec la tradition classique du jeu théâtral. Pensée chez Nicole Colin qui rappelle in ne que les arts vivants, soumis au mouvement de l’histoire, ne sont pas gés et nous ouvrent à une complexité qui, en même temps qu’elle constitue l’œuvre, a pour conséquence de réintroduire le « cours de l’expérience » pour le spectateur.

Gilles Suzanne et Yannick Butel, sans qu’ils aient convenu d’un dialogue, se répondent sur la place de l’œuvre et parfois sa disparition dans l’espace public. Le premier regardant à la loupe quelques-unes des œuvres au prisme des soubresauts qui agitent la Méditerranée s’invite dans le débat sur l’image, le pouvoir et les peurs qu’elle peut susciter, et donne à ré échir dans une conclusion suspensive sur le concept d’iconocratie. Le second s’inquiète lui de la disparition des espaces et de la négation de l’espace que forme l’œuvre. Manière d’interpeller le politique chez l’un comme chez l’autre.

Aux lecteurs, nous souhaitons peut-être simplement de lire ce nouveau numéro comme un apport et une participation aux paroles qui s’échangent dans l’espace public sur la place et la fonction de l’œuvre d’art. Une manière d’intervenir dans le débat des idées qui, alors que l’œuvre d’art n’en nit pas d’être au cœur d’échanges qui tendent à légiférer son e et, oublie de rappeler la singularité de la dimension esthétique.

Yannick Butel

Année : 
2 017
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Antônio Araújo et le Teatro Da Vertigem

Auteur(s): 
Yannick Butel
Auteur(s) hors LESA: 
Silvia Fernandes
Bruno Tackels
Maria Lucia Pupo
Josette Féral
José Da Costa
Angela Materno
Maria Clara Ferrer
Jean-Pierre Thibaudat
Béatrice Picon-Vallin

Publication PUP | Collection Arts, Série Scènes, Parution 2e trimestre 2016

Antônio Araújo est un metteur en scène brésilien qui a conquis une réputation internationale grâce à son remarquable théâtre hors des théâtres. Connu pour ses occupations d’espaces dans la ville, – prison, fleuve, église, hôpital, centre commercial, métro –, son théâtre navigue à l’interface de la fiction et du réel, entre traumatismes et violences du monde contemporain.

Dans cet ouvrage, la trajectoire théâtrale d’Araújo et de sa compagnie, le Théâtre du Vertige, est étudié sous ses facettes théoriques, historiques et dramaturgiques. Yannick Butel, Bruno Tackels, Josette Féral, Béatrice Picon-Vallin, Jean-Pierre Thibaudat, Maria Lúcia Pupo et des chercheurs en théâtre brésiliens analysent ses interventions artistiques de type site-specific – et mettent en perspective ses spectacles. Le dernier d’entre eux sur un texte de Bernardo Carvalho, Dire ce qu’on ne pense pas dans des langues qu’on ne parle pas, aborde la crise des métropoles européennes contemporaines. Il a été presenté aux spectateurs dans un parcours déambulatoire à travers les imposantes salles de la Bourse de Bruxelles et à l’Hôtel des Monnaies au Festival d’Avignon de 2014.

Deux entretiens avec Antônio Araújo lui donnent l’occasion de revenir sur les incertitudes de son théâtre performatif, les paramètres mobiles et flous qui renversent la fixité des identités et guident sa création. Comme l'affirme Araújo :

« Nous souhaitons faire un théâtre où la ville sera un territoire de désenchantement et de désillusion, mais également un terrain d’expérimentation possible. »

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Directeur(s) de l'ouvrage hors LESA: 
Sílvia Fernandes
Année : 
2 016
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Penser, c'est faire des épaisseurs

Auteur(s): 
Yannick Butel
Louis Dieuzayde
Gilles Suzanne
Anyssa Kapelusz
Arnaud Maïsetti
Auteur(s) hors LESA: 
José Da Costa
Guillaume Pinçon
Anne Begenat-Neuschäfer
Jérémie Majorel
Chloé Larmet

Publication PUP | Revue Incertains Regards, Parution 1er trimestre 2016

Du titre de ce nouveau numéro de la revue Incertains Regards, il nous faut sans doute dire deux mots. Du titre emprunté à Gilles Deleuze, à l’occasion de l’une des séances de Vincennes, il serait toujours possible de le justifier en rappelant que l’année 2015 aurait mérité que l’auteur de Pourparlers soit davantage célébré. L’année 2015, certes, concerne Gilles Deleuze, autant sa naissance (1925) que sa mort (1995) pour ceux qui pensent les hommages au prisme des anniversaires. Plus précis, dans ce souvenir, il eut été peut-être plus juste de convoquer le philosophe à l’endroit de quelques-unes de ses études qui feraient écho à la « célébration », le Kafka. Pour une littérature mineure, en collaboration avec Félix Guattari, publié en 1975 ou, et peut-être celui qui est à l’origine d’Incertains Regards, le Nietzsche paru en 1965.

Un aveu présomptueux éventuellement, mais que nous justifions par ce distinguo qu’il fait entre les penseurs « créateurs » (il les appellera encore les « danseurs »), et la catégorie des « porteurs » (ceux qui conservent un certain ordre de la pensée). Deux catégories que Deleuze met en perspective en identifiant que « rien n’est plus opposé au créateur que le porteur. Créer, c’est alléger [...] inventer de nouvelles possibilités de vie ».

À la fondation d’Incertains Regards, donc, il s’est agi de tenter de faire danser la pensée. Et d’avouer que la tentative de penser n’exclut pas le faux pas ou n’induit pas nécessairement une réussite. Comme le rappelle Jean-François Lyotard, « la douleur de penser n’est pas un symptôme [...] elle est la pensée elle-même en tant qu’elle se résout à l’irrésolution, décide d’être patiente [1]... ». Au mieux s’agit-il de suivre l’idée que penser c’est « être apte à accueillir ce que la pensée n’est pas préparée à penser, c’est cela qu’il convient d’appeler penser ».

Ergo, au-delà de cette précision qui renvoie à la question archéologique autant que généalogique d’Incertains Regards, consacrer un nouveau numéro au rapport que la pensée de l’art entretient à l’épaisseur, au lien que l’épaisseur induit à l’œuvre, à l’esthétique... c’était rappeler également la correspondance de pensée entre Gilles Deleuze et Les mots et les choses de Michel Foucault. Cette étude où Michel Foucault renvoie, de manière explicite, plus d’une trentaine de fois, à l’occurrence « épaisseur », et notamment à « l’épaisseur du langage ». Dans la perspective d’intervenir dans le dialogue entre Gilles Deleuze et Michel Foucault qui ne questionne pas à proprement parler l’œuvre d’art, il fut alors question de penser l’épaisseur non plus comme une démarcation ou une frontière entre ce qui aurait « une épaisseur » et ce qui n’en aurait pas. C’est-à-dire aller dans le sens d’un cloisonnement, mais tout au contraire de privilégier, dans le prolongement de leur pensée, l’idée que l’épaisseur problématise le regard porté aux œuvres à compter du moment où ce « concept » se réfère à une extension et une dilatation. Épaisseur et épaisissement en quelque sorte, manière d’étirer ou de plier, façon encore de trouver un mode d’élasticité non pas entre les choses, mais à partir des choses. Ou comment l’épaisseur – l’épaississement – est une manière de penser des zones de continuités, des espaces intermédiaires, des formes en devenir.

Aux contributeurs de ce numéro, il revenait de travailler dans cette perspective à l’aune de leurs recherches adaptées, pour la circonstance, au thème de ce numéro. Merci à José Da Costa, Anne Bégenat Neuschäfer, Guy Freixe, Guillaume Pinçon, Arnaud Maïsetti, Anyssa Kapelusz, Chloé Larmet, Jérémie Majorel, Marie Vayssière, et Louis Dieuzayde... d’avoir pris le temps d’y penser, d’avoir pris le risque de « déplier l’épaisseur » et de se départir d’un rôle de porteur.

Yannick Butel

 

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Année : 
2 016
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Les politiques culturelles allemandes

Auteur(s) hors LESA: 
Wolfgang Schneider

Dans le contexte d’un débat particulièrement animé actuellement en Allemagne sur les politiques publiques et le soutien aux différents dispositifs et acteurs de la culture : musées, théâtres, événements transversaux tels que les capitales européennes de la culture, W. Schneider se livre à une défense et illustration de ce qu’est et ce que devrait être une politique culturelle au service d’un accès du plus grand nombre à la culture. Dans ce cadre, la réflexion sur le droit à la culture et aux pratiques culturelles est engagée sur plusieurs plans : retour sur la question de fond de la culture pour tous d’une part, appel à un engagement renouvelé mais aussi innovant des acteurs publics d’autre part.

L’ouvrage s’adresse à tous les lecteurs curieux des problématiques culturelles, qu’il s’agisse de la médiation culturelle ou des enjeux des politiques publiques pour le développement de l’usage de la culture.

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Année : 
2 015
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Les théâtralités de l'apparition | La scène et les encres de Gao Xingjian

Auteur(s): 
Yannick Butel
Auteur(s) hors LESA: 
Gao Xingjian

Conçue comme un tête à tête, cette étude revient sur les aspects de l’œuvre plastique, cinématographique, théâtrale et théorique de Gao Xingjian, figure d’avant-garde du théâtre chinois et prix Nobel de littérature (La Montagne de l’âme). Une approche sensible qui théorise une pratique d’écriture et un geste de créateur, à travers le concept de Théâtralité. Façon d’entrer par touches, et petites touches, dans l’œuvre de Gao Xingjian en tentant de saisir un trait commun aux espaces poétiques, à sa pensée philosophique et à son geste de peintre.

Dans cette perspective, c’est notamment l’idée de Liangxiang – « l’apparition » qui est récurrente dans sa pensée et dans sa pratique artistique – qui a été explorée. Au terme cette entreprise de compréhension articulée à l’expérience de son œuvre, mais toujours incertaine, l’étude s’achève sur l’édition exclusive de la pièce Monologue. Façon de redonner voix à la poésie dramatique…

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Année : 
2 015
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Théâtres brésiliens | Manifeste, mises en scène, dispositif

Auteur(s) hors LESA: 
Gilberto Icle
Sílvia Fernandes
Maria Lúcia de Souza Barros Pupo
Clóvis Dias Massa
Edelcio Mostaço
Luiz Fernando Ramos
Lucio Agra
Margaux Borel
Kil Abreu

Publication PUP | Collection Arts, Série Scènes, Parution 2e trimestre 2015

Rien n’est plus difficile que d’appréhender ou de présenter des cultures aussi singulières, multiformes et instables que celles qui forment le Brésil. À cela s’ajoute la difficulté de retenir, ne serait-ce que pour un seul instant, le caractère insaisissable du phénomène théâtral.

Parler de théâtre brésilien n’eût été rien moins qu’une manière arbitraire de prétendre à une unité qui ne tient pas au regard de l’histoire théâtrale et politique du Brésil. Recourir au pluriel dans le titre de cet ouvrage scientifique Les théâtres brésiliens correspond donc à une façon de nommer une hétérogénéité historique, anthropologique, esthétique, scénique et poétique, à l’intérieur même de São Paulo. Revenant sur l’hétérogénéité des influences esthétiques et idéologiques qui ont marqué la pratique théâtrale, du théâtre de Brecht à l’influence de la performance, cet ouvrage collectif revient sur une histoire du théâtre qui commence dans les années 1960 jusqu’à nos jours.
En sollicitant les universitaires de l’USP, ainsi que les figures centrales de la mise en scène et de la pratique théâtrale, Les théâtres brésiliens fait le point sur une activité théâtrale qui concerne aussi bien la théorisation des formes scéniques, que l’activité créatrice d’acteurs et de metteurs en scène contmeporains. Les analyses et les entretiens se lisent alors comme une contribution majeure, faite de témoignages de praticiens et de contributions universitaires, à même de permettre une compréhension de l’histoire politique et scénographique du théâtre du XXIe siècle.

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Directeur(s) de l'ouvrage hors LESA: 
Silvia Fernandes
Année : 
2 015
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Hors Série 1 | Le théâtre pense, certes, mais quoi, comment et où ?

Auteur(s): 
Yannick Butel
Arnaud Maïsetti
Auteur(s) hors LESA: 
Christophe Bident
Emmanuel Cohen
Benard Baas
Chloé Larmet
Andrew Bielski
Diane Scott
José Da Costa
Cristina Vinuesa
Laure Couillaud
André Gardel
Jérémie Majorel
Christophe Triau

Publication PUP | Revue Incertains Regards, Parution 2e trimestre 2015

Les hors séries d’Incertains Regards sont conçus et réalisés en partenariat avec des chercheurs et collaborateurs sollicités par le comité de rédaction de la revue pour répondre à des enjeux manifestes posés par les arts de la scène aujourd’hui. 

Le hors série no 1 est né d’un travail commun, conduit par Emmanuel Cohen, Laure Couillaud et Christophe Bident à l’université de Picardie Jules-Verne – suite aux rencontres internationales et travaux menés à Amiens, à Nanterre en septembre 2013 puis à Aix–Marseille pour la partie éditoriale. L’ouvrage assemble ici des propositions autour d’une question posée au théâtre et aux auteurs : le théâtre pense, certes, mais quoi, comment et où ?

Introduction – 
par Emmanuel Cohen et Laure Couillaud

« Le théâtre pense, certes. Mais quoi ? Comment ? Et où ? » Cette proposition lancée comme axe de réflexion au sein du groupe de recherche Déclic-Écrit (Discours et Écrits de Cinéma : Littérature, Interprétation, Critique – Évaluation de la CRItique Théâtrale) a donné lieu à des Rencontres Internationales du même titre qui se sont tenu les 26 et 27 septembre 2013 à la Maison de la Culture d’Amiens et à l’Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense. Les intervenants ont été invités à reprendre leurs interventions à partir des discussions suscitées lors des rencontres et à proposer un texte, ici tous rassemblés. 


« Le théâtre pense, certes. Mais quoi ? Comment ? Et où ? » est un titre en deux temps. Construit sur une affirmation, il est aussitôt élargi par l’ajout d’un chantier interrogatif qui corrige, questionne ou retourne l’évidence premièrement formulée. Le théâtre habite notre pensée, la provoque, nous fait réagir. Mais comment dire ou saisir ce qui nous parvient du théâtre ? Art d’écriture et d’incorporation, le théâtre fabrique du vivant et impose des intentionnalités. Qu’est-ce que le terrain théâtral révèle de la pensée, et à travers quels outils, images ou actions ? Est-il possible d’affirmer le théâtre comme sujet pensant, sans dépasser sa réalité, sans fantasmer son nom, son rôle, son pouvoir ? L’universalité un peu provocatrice du titre nous incitait à chercher la confrontation autant que possible. Dans ces perspectives ouvertes, la philosophie ne paraissait plus suffisante pour embrasser le théâtre. Les articles réunis ici sont autant d’approches singulières, à partir du théâtre même, qui interprètent la proposition contenue dans le titre.

Si l’affirmation « le théâtre pense » existe, son origine intrigue : sans l’analyse de la parole qui l’énonce et adresse, cette affirmation est sans fondement. Les articles « Le Théâtre pensant » et « Mais qu’est-ce à dire ? » proposent deux lectures croisées de la thèse d’Alain Badiou, « le théâtre pense ». Si la proposition du titre remet en jeu l’évidence que le théâtre pense, c’est que nous avions le sentiment que cette affirmation ne peut tenir seule, qu’elle ne nous dit pas assez, qu’il lui manque quelque chose pour qu’un questionnement aie lieu.

Nous avons voulu mettre l’évidence de cet énoncé à l’épreuve d’une pragmatique du terrain : français mais pas seulement, actuel mais pas uniquement. Certains articles ont pour objet les théâtres brésilien (« Débordements théâtraux », « La Scène oxymorique au Brésil du XVIe »), espagnol (« EL Conde de Torrefiel »), polonais (« Pensées du théâtre de Warlikowski »), allemand (« Heiner Müller : Terrorisme d’après Laclos. Attaquer l’Histoire ») et français (« Le Théâtre, cette langue de terre », « Claude Régy, une pensée de la voix sur scène »). Ils ouvrent des perspectives aussi bien sur ce que pense le théâtre, que sur la façon dont il met en œuvre et en forme cette pensée.

Le théâtre est toujours aussi le théâtre de... la création de... caractérisé par l’apport théorique de... la critique de... Il n’existe pas sans un lien d’appartenance à une pensée individuelle. Ce sont à travers ces subjectivités que ces articles questionnent ce que pense le théâtre, ou ce qu’on attend de lui qu’il pense. Castellucci, Régy, Gertrude Stein, Warlikowski, Pommerat sont parmi les auteurs dramatiques et metteurs en scène qui ont retenu notre attention. Pour embrasser la question dans son ensemble, la nécessité d’ouvrir les coulisses du théâtre et d’aller voir dans les coins -plus ou moins aveugles de celui-ci s’est imposée. Car d’autres expériences lui sont irréductibles : celle des spectateurs (« Percevoir »), des acteurs et artistes (« Maintenant, c’est maintenant que je parle »). Elles questionnent aussi comment le théâtre se produit, par la voix (« La Scène de la voix), par ses objets (« Tribulations philosophiques d’un ballon de basket ») et circule (« Percevoir », « La Scène oxymorique », « Le Spectateur comme supposition »).

On pourra alors relire les articles selon une autre perspective peut-être moins catégorique que celle selon laquelle nous les avons introduits. Le domaine du théâtre est autant le domaine d’une expérience (un espace individuel et ses signes), d’une somme d’expériences, mais aussi d’une expérience en commun sinon commune. Ces articles, à leur manière, révèlent certains aspects de cette collectivité : les institutions et leurs discours, les spectateurs et leurs attentes, les professionnels du théâtre et leurs désirs.

Ce numéro témoigne de ces rapports. La lecture de l’ensemble révèle peut-être encore ceci : le théâtre est dialogues – des dialogues – il n’existe pas sans rapport entre-deux (mondes, regards, réalités). Le théâtre agit dans le domaine de la pensée, mais il en transforme les frontières.

Enfin, nous remercions les membres du groupe de recherche Déclic-Écrit avec lesquels nous nous sommes réunis de 2011 à 2013, et avec qui nous avons eu l’occasion d’affiner ce projet. Sans ces nombreux chercheurs, leurs conseils et leur soutien, ce projet n’aurait pas eu la même dimension, réunissant des chercheurs venus de pas moins de trois continents, ni la même ouverture intellectuelle, évidemment. Nous tenons à remercier tout particulièrement les intervenants pour leur participation active dans ce projet, aussi bien lors des Rencontres Internationales que pendant la réalisation de ce numéro. Nous remercions également l’université de Picardie – Jules Verne, la Maison de la Culture d’Amiens, l’université Paris Ouest Nanterre La Défense pour leur soutien financier et logistique, ainsi que l’université Aix-Marseille et les Presses Universitaires de Provence pour la présente publication. Enfin, nous tenons à remercier Christophe Bident et Yannick Butel de nous avoir permis de publier ces actes, et ainsi de pouvoir prolonger et communiquer plus largement ces recherches.

 

— Bernard Baas : La scène de la voix
— Chloé Larmet Claude Régy : une pensée de la voix sur scène 
— Andrew Bielski : Sur le théâtre pensant : Alain Badiou et la scène soustractive 
— Diane Scott : Mais qu’est-ce à dire ? 
— José Da Costa : Débordements théâtraux : la pensée artistique du commun et du réel dans une expérience du théâtre brésilien actuel 
— Cristina Vinuesa : El Conde de Torrefiel ou les conséquences du fascisme 
— Laure Couillaud : Terrorisme d’après Laclos, attaquer la réalité 
— Arnaud Maïsetti :Pensées du théâtre de Krzysztof Warlikowski 
— Claudine Hunault : L’innocence et le plateau 
— André Gardel : Scène oxymorique au Brésil du XVIe siècle : 
 anthropophagie, perspectivisme et modalisation 
— Jérémie Majorel : Inferno de Castellucci : tribulations d’un ballon de basket 
— Christophe Bident et Christophe Triau : Grüber et Les Bacchantes : l’affolement de la pensée 
— Yannick Butel : De la langue amère, à la langue de terre 
— Emmanuel Cohen : De l’expérience du spectateur à l’écriture dramatique : Gertrude Stein, élève (ennuyée) de William James 
— Jade Herbulot : Qu’attend-on, au juste, du spectateur ? 
 Le spectateur comme supposition pour les metteurs en scène

Directeur(s) de l'ouvrage hors LESA: 
Christophe Bident
Emmanuel Cohen
Laure Couillaud
Année : 
2 015
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

La plasticité du vide : espace scénique, espace poétique

Auteur(s): 
Yannick Butel
Louis Dieuzayde
Gilles Suzanne
Arnaud Maïsetti
Anyssa Kapelusz
Fabien Faure
Auteur(s) hors LESA: 
Marie Vayssière
Isabelle Alzieu
Magali Lochon
Florence Baillet
Joseph Danan

Publication PUP | Revue Incertains Regards, Parution 4e trimestre 2014

Observant rigoureusement la ligne éditoriale et scientifique qui gouverne à l’édition de chaque numéro de la revue Incertains Regards, il fallait à l’occasion de « La Plasticité du vide » – thème du numéro 4 de notre publication – trouver à nouveau les auteurs de différents champs disciplinaires à même d’écrire et de penser cet enjeu scénographique, poétique et esthétique, commun aux pratiques artistiques et à leurs manifestations.

Scénographe exerçant dans le milieu professionnel, historiens de l’art contemporain, metteurs en scène et universitaires… ont répondu à l’invitation et nous les remercions pour leurs contributions. Au prétexte de s’aventurer dans l’espace pictural et celui des installations, d’arpenter les pratiques architecturales, d’observer le mouvement chorégraphique et les théâtralités contemporaines ou encore de revenir sur les espaces poétiques et théoriques, ce nouveau numéro d’Incertains Regards contribue au dialogue entre les arts, les met en discussion, en souligne la contiguïté théorique au point que parfois la référence épistémologique, comme l’expérience artistique, sont partageables et permettent de problématiser les pensées disciplinaires.

C’est le cas de la contribution majeure d’Isabelle Alzieu qui, historienne de l’art contemporain, livre ici à travers le dossier central une pensée indépendante et nourrissante pour les pratiques artistiques d’où qu’elles soient. Travail précis, documenté, riche en exemples pris à différentes pratiques, liant Japon et méditerranée… Le soulignement du vide comme « espace intermédiaire » et sa mise en rapport au Maissu de la pensée orientale est des plus productifs.

À cette contribution fait écho celle d’Arnaud Maïsetti qui croise différentes lectures poétiques et théoriques au détour desquelles la plasticité du vide et le concept de « vide » sont synthétisés et livrent passage à un « plastiquage » du vide et les idées convenues qui le concernent.

Au vrai, entre ces contributions, à la marge des témoignages sincères et analytiques que sont ceux de Magali Lochon – qui revient sur son expérience professionnelle et le rapport qu’elle entretient à l’égard de la scénographie – et de Marie Vayssière qui rend hommage au groupe qui s’est retrouvé, avec elle, autour de la conduite de l’atelier consacré à Fernando Pessoa et à son Livre de l’intranquillité ; chacun des articles est une contribution singulière au thème de ce numéro.

Florence Baillet propose ainsi de regarder la Medea de Thalheimer comme relevant d’une « appréhension performative de l’espace », au point qu’elle renouvellerait notre rapport à l’Antiquité grecque. Gilles Suzanne, dans un compte à rebours qui fonde sa méthodologie, au prétexte d’une chorégraphie de Ziya Azazi, mêle réflexion théorique et conceptuelle qui lui permet de tisser les liens entre tradition et modernité dans l’espace méditerranée, portant la plasticité du vide à être la matrice d’un imprévisible, voire d’un indiscernable que son étude minutieuse conduit sur un seuil de visibilité. Porté à regarder les acteurs ou les figures chez Pesenti, Louis Dieuzayde revient sur le face à face spectateur-acteur, et cette altérité qui, dans l’instant du théâtre, dévoile, via la plasticité du vide, une dialectique de l’absence et de la présence. Et c’est encore cette dialectique de la présence et de l’absence qui est commentée par Fabien Faure alors qu’il se consacre à l’étude de quelques-unes de œuvres de Richard Nonas, en Provence, qui le conduisent à rappeler que le vide est un habité comme un imprévisible. Plasticité du vide inhérente à l’œuvre ou sentiment éprouvé par le spectateur, Anayssa Kapelusz, s’intéressant à Vifs, un musée de la personne – installation vidéographique et événement théâtral – s’inquiète du vide comme « écarts ». Du vide comme résultat de la tension et de la friction de formes distinctes convoquées dans l’instant de leur manifestation et de leur représentation.

Enfin, et c’est assez rare pour le souligner, Incertains Regards se ponctue par deux articles qui se répondent immédiatement au prétexte de penser, peut-être, le « vide critique ». Un débat, entre Joseph Danan et Yannick Butel. Discussions entre deux collègues, plus que querelle avignonnaise ou conflit... L’article de Joseph Danan « Spectateur en puissance » pointe implicitement les travers de la critique et l’article fait montre de théorisation du spectacle de Jérôme Bel Cour d’Honneur. Yannick Butel lui répond et ne pouvait qu’accepter ce dialogue dans Incertains Regards...

À « La plasticité du vide » du no 4 s’ajoutera prochainement un numéro consacré à « L’épaisseur ». Gageons que les numéros antérieurs n’en manquaient pas.

Yannick Butel

 

 

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Année : 
2 014
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Le verbalisme : langage théâtral et déconstruction

Auteur(s): 
Yannick Butel
Louis Dieuzayde
Arnaud Maïsetti
Gilles Suzanne
Auteur(s) hors LESA: 
Isabelle Babin
Pierre Piret
Alexandra Moreira Silva
Catherine Bouko
Marie-Madeleine Mervant-Roux
Cécile Bosc

Publication PUP | Revue Incertains Regards, Parution 4e trimestre 2013

 

Numéro consacré au verbalisme scénique et à la complexité du langage. Point sur le dérèglement poétique et sonore qui, pour autant qu’il est récurrent aux pratiques du théâtre à travers son histoire, semble s’affirmer davantage ces dernières années.

Ce numéro est accompagné d’une pièce audiophonique, L’espace furieux, de Valère Novarina.

Cette pièce a été créée avec les étudiants de la section Théâtre et a été jouée au Théâtre Antoine Vitez en avril 2013. Voir la page du spectacle

Sommaire du numéro :

  • Préface :

— Le verbalisme sur la scène contemporaine
(Yannick Butel)

  • Dramaturgie | l’enjeu 
    L’Espace furieux de Valère Novarina

— Le théâtre de la chasse à l’homme 
(Louis Dieuzayde)
— Faire lever des figures
(Isabelle Babin)

  • Dossier | la voix est libre

— Fonctions du verbalisme dans le théâtre contemporain
(Pierre Piret)

  • Critiques | lecteurs/spectateurs

— Profanation et désœuvrement : revenir à Artaud
(Alexandra Moreira Silva)
— Artaud, la voix déchue. Pour en finir avec le jugement de dieu
(Arnaud Maïsetti)
— Le théâtre d’Ingrid von Wantoch Rekowski : magnifier la musique et le geste vocal
(Catherine Bouko)
— Torticolis théâtrologique « Cachez ce linguistique que je ne saurais voir » 
(Marie-M.Mervant-Roux)
— Retour sur la double fin du verbalisme. Un à-propos de la poésie concrète, spatiale, séméiotique et sonore 
(Gilles Suzanne)
— La face baroque II : un théâtre de contrebande-son 
(Yannick Butel)

  • Arts de la scène | la librairie

— Le son tabou ou l’utopie pirate. À propos de Les mots et les sons,
un archipel sonore
, François J. Bonnet
(Cécile Bosc)

  • Espace sonore | pièce audiophonique

(enregistrement sur CD inclus dans la revue)
L’Espace furieux (extraits) de Valère Novarina, P.O.L
avec les étudiants de la section théâtre de l’université d’Aix-Marseille
— adaptation et mise en scène : Louis Dieuzayde
— assistanat : M. Charpin, F. Gamard, I. Lorenzi, R. Samperiz
— création sonore : Jean-Noël Beyssier, Benjamin Duprat

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Année : 
2 013
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

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