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Scènes

La disparition

Auteur(s): 
Yannick Butel
Arnaud Maïsetti
Louis Dieuzayde
Gilles Suzanne
Marie Urban
Auteur(s) hors LESA: 
Didier-Georges Gabily
Gerald Siegmund
Nicole Colin
Christophe Triau

Publication PUP | Revue Incertains Regards, Parution 1er trimestre 2017

Résolument, oui « résolument » ouvert sur les pratiques contemporaines, et promettre un dialogue avec ceux et celles qui donnent au temps sa texture, ses couleurs, son rythme... Résolument soucieux de l’écriture poétique et plastique... Résolument attentif à ces archipels d’utopie que sont les territoires de l’art toujours fragiles et ses temps intermédiaires menacés nommés « expérience esthétique »... Résolument indépendant des frontières qui s’accordent mal avec la libre circulation de la pensée... seul véritablement libre-échange que ces temps flous et rugueux voudraient contrôler à l’époque du grand dérèglement... Résolument actuel, aux prises avec le quotidien, en prise avec les singularités quelconques...

Résolument, dans la parenté de l’œuvre, se tenir et devenir un « partenaire invisible » comme l’écrit Christophe Bident à propos de Maurice Blanchot, et privilégier une parole qui ré échirait une intimité s’éloignant d’un discours de contrôle. Résolument envisager cet espace d’intimité, ce Innigkeit, dans les parages de la Parrhesia (la sincérité : ce parler vrai) étrangère au paraître. Se tenir résolument loin de « l’apparition qui, fatiguée d’apparaître, s’en tient à l’horizontale de l’apparence, piétine sur le palier de l’apparence, cette apparition (est) vouée à l’enlisement et à la futilisation, c’est-à-dire la disparition dé nitive dans les apparences1 » comme l’écrit Vladimir Jankélévitch.

Prétendre à la trans guration du discours théorique, lui permettre d’ad-venir creusé et travaillé par ce qu’il découvre et qui découvre celui qui le tient, sans que celui-là perde l’aura dont il est peut-être le dépôt. Disparaître, en dé nitive, dans l’instant de la venue de l’écriture.

Si une revue est l’espace choral de voix distinctes et de regards pluriels... Si une revue n’a d’autre vocation que d’être un relai, un prolongement, un foyer de condensation de rencontres... avec les œuvres de l’esprit et la pensée, ce nouveau numéro d’Incertains Regards, consacré à « La Disparition », s’est ouvert, plus qu’aucun des précédents, à la densité et à la diversité des écritures. Une variété qui, si nous devions interroger celle-là, semble correspondre à une phénoménalité darwinienne, un espace latent sensible où celui qui écrit, adapte l’écriture à la complexité de l’objet qu’il rencontre.

Adaptation qui n’est pas sans e et sur la formation du discours théorique, et qui ici, pour certains, relève moins de la disparition de la théorie que de mutations qui l’enrichissent au point de l’amener à gurer un geste d’écriture. Une écriture.

Celle de Didier-Georges Gabily qui, à travers les Fragments que nous con e Frédérique Duchêne, nous rappelle le geste mallarméen d’un « crayonné au théâtre ». Geste qui élève la critique à l’endroit du poétique. Moment où l’écriture est à pied d’œuvre. Geste poétique d’un disparu trop tôt qui, comme l’a écrit Valéry, ne sera jamais « hors de vue ».

Celle d’Arnaud Maïsetti qui, se saisissant du poème théâtral Shams d’Amira-Géhanne Khalfallah a n de lui donner la sonorité du plateau, prolonge cette histoire d’un geste dramaturgique et l’enveloppe de son regard d’écrivain.

« Au plus près des œuvres », c’est la « ligne de sorcière » d’Incertains Regards : son devenir en quelque sorte, et Gerald Sigmund s’est tenu à cet engagement qui, tout en l’amenant à théoriser le travail scénique d’artistes formés à l’université de Giessen, le conduit à livrer simultanément une intimité de spectateur. Certains diraient un « état ».

Intimité, oui, que l’on trouve encore dans le dialogue et le tête-à-tête de Louis Dieuzayde et François-Michel Pesenti où la notion d’emergence vient à augmenter celle d’apparition. Eux, parlant théâtre certes, mais parlant de l’au-delà qu’il induit lequel est parfois fait d’une violence radicale qui ré échit un enjeu vital, voire existentiel. Cet enjeu que Christophe Triau, lui, convoquant Grüber, Aillaud... déplace du côté du jeu dialectique entre « présence » et « absence », questionnant la visibilité dans le mouvement intrinséquement fusionnel de l’apparition et de la disparition.

Et parce que la revue Incertains Regards a aussi pour objet de ne jamais être étrangère à l’actualité, quatre des contributeurs livrent ici l’esquisse d’une pensée anthropologique sur la disparition. Disparition ou fragilisation de la fabrique du commun qu’induisaient a priori les œuvres entretenant le mythe du « mit sein » et qui, aujourd’hui semblent générer, auprès de quelqu’uns, des réactions vives et parfois brutales. Faisant écho aux articles qui ont précédé sur l’expérience esthétique, la critique de Marie Urban, jeune universitaire inscrite en doctorat et résidant à Berlin, souligne avec adresse le système d’analyse réactionnaire de Bernd Stegemann quant aux œuvres complexes telles qu’elles apparaissent aujourd’hui. Et cet article juste trouve des prolongements chez notre amie Nicole Colin qui, elle, introduisant la notion de Wissenstheater, interroge la scène contemporaine et ses nouveaux dispositifs qui ont rompu avec la tradition classique du jeu théâtral. Pensée chez Nicole Colin qui rappelle in ne que les arts vivants, soumis au mouvement de l’histoire, ne sont pas gés et nous ouvrent à une complexité qui, en même temps qu’elle constitue l’œuvre, a pour conséquence de réintroduire le « cours de l’expérience » pour le spectateur.

Gilles Suzanne et Yannick Butel, sans qu’ils aient convenu d’un dialogue, se répondent sur la place de l’œuvre et parfois sa disparition dans l’espace public. Le premier regardant à la loupe quelques-unes des œuvres au prisme des soubresauts qui agitent la Méditerranée s’invite dans le débat sur l’image, le pouvoir et les peurs qu’elle peut susciter, et donne à ré échir dans une conclusion suspensive sur le concept d’iconocratie. Le second s’inquiète lui de la disparition des espaces et de la négation de l’espace que forme l’œuvre. Manière d’interpeller le politique chez l’un comme chez l’autre.

Aux lecteurs, nous souhaitons peut-être simplement de lire ce nouveau numéro comme un apport et une participation aux paroles qui s’échangent dans l’espace public sur la place et la fonction de l’œuvre d’art. Une manière d’intervenir dans le débat des idées qui, alors que l’œuvre d’art n’en nit pas d’être au cœur d’échanges qui tendent à légiférer son e et, oublie de rappeler la singularité de la dimension esthétique.

Yannick Butel

Année : 
2 017
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Antônio Araújo et le Teatro Da Vertigem

Auteur(s): 
Yannick Butel
Auteur(s) hors LESA: 
Silvia Fernandes
Bruno Tackels
Maria Lucia Pupo
Josette Féral
José Da Costa
Angela Materno
Maria Clara Ferrer
Jean-Pierre Thibaudat
Béatrice Picon-Vallin

Publication PUP | Collection Arts, Série Scènes, Parution 2e trimestre 2016

Antônio Araújo est un metteur en scène brésilien qui a conquis une réputation internationale grâce à son remarquable théâtre hors des théâtres. Connu pour ses occupations d’espaces dans la ville, – prison, fleuve, église, hôpital, centre commercial, métro –, son théâtre navigue à l’interface de la fiction et du réel, entre traumatismes et violences du monde contemporain.

Dans cet ouvrage, la trajectoire théâtrale d’Araújo et de sa compagnie, le Théâtre du Vertige, est étudié sous ses facettes théoriques, historiques et dramaturgiques. Yannick Butel, Bruno Tackels, Josette Féral, Béatrice Picon-Vallin, Jean-Pierre Thibaudat, Maria Lúcia Pupo et des chercheurs en théâtre brésiliens analysent ses interventions artistiques de type site-specific – et mettent en perspective ses spectacles. Le dernier d’entre eux sur un texte de Bernardo Carvalho, Dire ce qu’on ne pense pas dans des langues qu’on ne parle pas, aborde la crise des métropoles européennes contemporaines. Il a été presenté aux spectateurs dans un parcours déambulatoire à travers les imposantes salles de la Bourse de Bruxelles et à l’Hôtel des Monnaies au Festival d’Avignon de 2014.

Deux entretiens avec Antônio Araújo lui donnent l’occasion de revenir sur les incertitudes de son théâtre performatif, les paramètres mobiles et flous qui renversent la fixité des identités et guident sa création. Comme l'affirme Araújo :

« Nous souhaitons faire un théâtre où la ville sera un territoire de désenchantement et de désillusion, mais également un terrain d’expérimentation possible. »

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Directeur(s) de l'ouvrage hors LESA: 
Sílvia Fernandes
Année : 
2 016
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Les théâtralités de l'apparition | La scène et les encres de Gao Xingjian

Auteur(s): 
Yannick Butel
Auteur(s) hors LESA: 
Gao Xingjian

Conçue comme un tête à tête, cette étude revient sur les aspects de l’œuvre plastique, cinématographique, théâtrale et théorique de Gao Xingjian, figure d’avant-garde du théâtre chinois et prix Nobel de littérature (La Montagne de l’âme). Une approche sensible qui théorise une pratique d’écriture et un geste de créateur, à travers le concept de Théâtralité. Façon d’entrer par touches, et petites touches, dans l’œuvre de Gao Xingjian en tentant de saisir un trait commun aux espaces poétiques, à sa pensée philosophique et à son geste de peintre.

Dans cette perspective, c’est notamment l’idée de Liangxiang – « l’apparition » qui est récurrente dans sa pensée et dans sa pratique artistique – qui a été explorée. Au terme cette entreprise de compréhension articulée à l’expérience de son œuvre, mais toujours incertaine, l’étude s’achève sur l’édition exclusive de la pièce Monologue. Façon de redonner voix à la poésie dramatique…

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Année : 
2 015
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

Théâtres brésiliens | Manifeste, mises en scène, dispositif

Auteur(s) hors LESA: 
Gilberto Icle
Sílvia Fernandes
Maria Lúcia de Souza Barros Pupo
Clóvis Dias Massa
Edelcio Mostaço
Luiz Fernando Ramos
Lucio Agra
Margaux Borel
Kil Abreu

Publication PUP | Collection Arts, Série Scènes, Parution 2e trimestre 2015

Rien n’est plus difficile que d’appréhender ou de présenter des cultures aussi singulières, multiformes et instables que celles qui forment le Brésil. À cela s’ajoute la difficulté de retenir, ne serait-ce que pour un seul instant, le caractère insaisissable du phénomène théâtral.

Parler de théâtre brésilien n’eût été rien moins qu’une manière arbitraire de prétendre à une unité qui ne tient pas au regard de l’histoire théâtrale et politique du Brésil. Recourir au pluriel dans le titre de cet ouvrage scientifique Les théâtres brésiliens correspond donc à une façon de nommer une hétérogénéité historique, anthropologique, esthétique, scénique et poétique, à l’intérieur même de São Paulo. Revenant sur l’hétérogénéité des influences esthétiques et idéologiques qui ont marqué la pratique théâtrale, du théâtre de Brecht à l’influence de la performance, cet ouvrage collectif revient sur une histoire du théâtre qui commence dans les années 1960 jusqu’à nos jours.
En sollicitant les universitaires de l’USP, ainsi que les figures centrales de la mise en scène et de la pratique théâtrale, Les théâtres brésiliens fait le point sur une activité théâtrale qui concerne aussi bien la théorisation des formes scéniques, que l’activité créatrice d’acteurs et de metteurs en scène contmeporains. Les analyses et les entretiens se lisent alors comme une contribution majeure, faite de témoignages de praticiens et de contributions universitaires, à même de permettre une compréhension de l’histoire politique et scénographique du théâtre du XXIe siècle.

Directeur(s) de l'ouvrage: 
Yannick Butel
Directeur(s) de l'ouvrage hors LESA: 
Silvia Fernandes
Année : 
2 015
Axe de recherche: 
Arts, Sociétés, Écritures et dynamiques transméditerranéennes

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